samedi 13 janvier 2018

Le martinet de la vérité : de Jean-Léon Gérôme à The Undisputed Truth

Le dernier texte de Frédéric Lordon est intéressant à de nombreux titres, comme bien souvent. Mais, moi, ce qui m'a marqué, au-delà de la pertinence du propos, c'est l'illustration qui a été associée à l'article. Il s'agit d'un tableau du grand pompier en chef, Jean-Léon Gérôme, qui s'intitule : La Vérité sortant du puits armée de son martinet pour châtier l’humanité. Il date de 1896 et est conservé au Musée Anne-de-Beaujeu à Moulins. En Auvergne. Le choix est absolument excellent et, comme en outre, dans ma grande inculture, je ne le connaissais pas, j'ai été ravi de cette découverte. Par ailleurs il colle parfaitement à la situation politique actuelle où les dogmatiques de l'économicisme n'ont de cesse de nous fustiger avec leur idée indiscutable de la vérité.

Le pompier en chef est ici, bien sûr, notre nigaud de président, le fayot des fayots de l'ordo-libéralisme, dont je vous extrais une citation qui n'a pas été assez commentée à mon sens :

"Notre premier devoir est tout à la fois de retrouver le sens et la force d'’un projet ambitieux de transformation de notre pays et de rester arrimés au réel. De ne rien céder au principe de plaisir, aux mots faciles, aux illusions pour regarder en face la réalité de notre pays sous toutes ses formes" (déclaration du 3 juillet 2017, à Versailles).

Or il est bien certain qu'à travers la référence à Freud et au principe de plaisir c'est tout un inconscient politique qui se révèle sous couvert de lucidité. Il y a en effet toute une pédagogie noire, une pédagogie de la douleur, qui est annoncée ici comme un programme. On le sait : l'exaltation para-religieuse d'une monnaie dysfonctionnelle, le renforcement des inégalités comme principe de dynamisme ou le libre-échange comme horizon indépassable de la coopération entre les peuples sont les pierres angulaires de l'orthodoxie du moment. Personne n'a jamais pu montrer qu'il y avait un quelconque aspect pragmatique à ces choix - et  l'expérience milite contre eux avec une évidence cruelle - mais peu importe, ce sont les canons d'une morale obligatoire. Le réel est là! Et accepter ce réel c'est aussi "ne rien céder au principe de plaisir", ce qui peut encore se traduire par : "appliquer avec résolution un principe de sadisme nécessaire". Vous voilà prévenus (si celà vous avez échappé).


Mais venons-en à la partie musicale de ce post qui concerne un groupe soul américain, lui aussi extraordinaire, The Undisputed Truth (sans doute le plus baroque des groupes du label Motown), qui nous rappelle que derrière les visages souriants peuvent se cacher les pensées les plus perverses.

Attention toutefois de ne pas sombrer dans la paranoïa : c'est l'autre lecture possible de cette chanson entêtante. Et nous en avons les preuves...

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