dimanche 15 avril 2018

Être une taupe avec Bascom Lamar Lunsford (1928) et les autres...



Le meilleur de Greil Marcus, je crois que c'est quand il s'attache à une chanson et déplie ses multiples versions, comme dans l'excellent petit livre qu'il avait fait sur "le mythe de Stagger Lee". Dans son dernier bouquin, tout juste traduit chez Allia, il s'occupe de trois morceaux et c'est le dernier qui nous intéresse aujourd'hui : "I Wish I Was A Mole In The Ground" de Bascom Lamar Lunsford. Nous sommes en 1928, quand Lunsford décroche son banjo et reprend une chanson sans âge où il est question d'une taupe qui creuse la montagne, mais aussi de Kimbie qui veut un châle à neuf dollars, mais aussi de cheminots assoiffés de sang.

Voici les premiers vers :

I wish I was a mole in the ground.
Yes, I wish I was a mole in the ground.
Like a mole in the ground,
I’d root that mountain down,
And I wish I was a mole in the ground.

J'aimerais être une taupe sous la terre,
Oui, une taupe sous la terre
Et comme une taupe sous la terre
Je finirais par miner la montagne
Et j'aimerais être une taupe sous la terre


Vous trouverez l'intégralité des paroles ici (sur un site qui explore l'inépuisable anthologie de Harry Smith), avec une sélection d'autres versions de la chanson.

Ce qui fait que ce morceau m'atteint en plein cœur aujourd'hui, c'est qu'il semble s'y mêler mes deux tentations du moment. Celle de disparaître, de rejoindre sous la terre un état d’irresponsabilité pré-natal, d'atteindre le rêve d'une vie inentamée, encore exempte des plaies et bosses, de donner corps à la nostalgie d'un refuge. Les Scrugg (un groupe de Sud-africains exilés en Angleterre) ont dit à peu près ça, de façon mémorable en 1968. Avec une sincérité dans le pathos assez rare à l'époque du psychédélisme triomphant :


"I Wish I Was Five / Sometimes It's not So Good To Be Alive"

L'autre tentation taupine, ce serait bien sûr d'excaver le sol sous l'édifice social, avec force, détermination et suffisamment d'à propos pour pouvoir se rappeler sans honte le célèbre vers d'Hamlet et répéter à la suite du noir gaillard de Trèves : "Bien creusé, vieille taupe!".


Et pour revenir à notre chanson après ces considérations cryptées sur la môme dialectique, voilà encore une autre version, celle de Jackson C. Frank, plus centrée sur Kimbie. Nous sommes en 1965.


 Rappel : la biographie de Jackson C. Franck se trouve dans Recoins n°2.


Clarinette chérie : Lito Barrientos et la cumbia en do mineur



C'est le classique des classiques de la cumbia. Nous sommes en 1970, l'ensemble de Rafael 'Lito' Barrientos fournit à la cumbia toute la puissance des grands orchestres de mambo. Et au centre une magnifique clarinette vous fait de l’œil avec insistance.



mercredi 11 avril 2018

"Endeuillés mais avides du souffle d'autrui" : Malcolm Lowry et le Bembeya Jazz

C'est le thème de la journée (et c'est parfaitement arbitraire) : associer un morceau guinéen et un poème de Malcolm Lowry. Cette fois-ci, je commence par les musiciens avec l'idée, tant qu'à faire, de réparer une injustice invraisemblable : la Cellule n'avait jamais parlé du Bembeya Jazz jusque-là. Il faut au moins un chef d’œuvre comme "Sou" pour rétablir l'équilibre.

Les 5 minutes de cette morna déchirante seront sans doute assez longue pour qui vous lisiez aussi ce nouveau texte de Malcolm Lowry.

AU BAR

Ivrognes d'eau salée, assoiffées de désastre,
Les épaves ne rêvent pas qu'elles sont des navires :
Jamais, jamais le malheur ne les abandonne
Pour le silence des grands voiliers, le "tout va bien" de la vigie :
Névrosés dérivant dans la mort atlantique,
Endeuillés mais avides du souffle d'autrui,
Ils nagent, ces génies noirs, entre deux eaux noires,
Ensevelis debout comme le poète Ben Jonson
Quoiqu'ici dix-huit sous ne servent plus à rien
Et que Tarquin soit sûr de trouver qui violer;
Pendant ce temps, d'autres, penchés sur la rembarde,
Le regard et le corps figés, fixent l'abîme.

Un peu de fumée : Malcolm Lowry et Keletigui



Si on avait fumé le tabac sous forme de cigarettes dès le début du XVIIe siècle, ç'eût été un emblème évident de la fugacité du temps. Ce n'est donc pas dans l'anthologie de Jean Rousset, que vous trouverez le poème baroque qui suit. Malcolm Lowry l'a écrit (la traduction est celle de J.-M. Lucchioni) :

DES HOMMES DONT LE VENT FAIT CLAQUER LE PARDESSUS

Nos vies - mais n'en pleurons pas - 
Sont comme ces cigarettes au hasard
Que, par les journées de tempête,
Les hommes allument en les protégeant du vent
D'un geste adroit de la main qui fait écran ;
Puis elles brûlent toutes seules aussi vite
Que s'aggravent les dettes qu'on ne peut pas payer,
Elles se fument si vite toutes seules
Qu'on a à peine le temps d'allumer
La vie suivante, qu'on espère mieux roulée
Que la première, et sans arrière-goût
Au fond, elles n'ont pas de goût - 
Et, la plupart, on les jette au rebut.

*

Me vient une chanson qui sonne spontanément avec ce texte. Nous sommes en 1969 en Guinée, et c'est Keletigui et ses Tambourinis qui jouent "Cigarettes et allumettes". Voyez donc :


mardi 10 avril 2018

Frénésie klezmer à Bogota : la cumbia et la clarinette


Il n'y a pas que l'accordéon dans la cumbia. Il y a aussi la clarinette et quand elle rentre en frénésie on pourrait croire quelquefois que c'est d'un orchestre yiddish qu'elle émerge. Si vous ne me croyez pas écoutez donc Guillermo Gonzales et son ochestre célèbrant "Lupita" en 1964.


Et voici un autre morceau endiablé de "clarinete power" par le Combo Los Galleros qui joue "Tabaco Mascao" en 1965.


Enfin vous avez ici une présentation du crac de la cumbia, l'oligarque du rythme, Lucho Bermudez avec tout un documentaire qui nous fait remonter aux origines de la musique populaire colombienne, avec la clarinette bien en évidence, tout au centre :




dimanche 8 avril 2018

Soleil de minuit : David Sylvian (1999)

 

David Sylvian n'est pas un méconnu mais, en vérité, je n'avais jamais vraiment exploré son univers. Et j'étais passé, par exemple, à côté de ce somptueux Soleil de Minuit. Avec la présence de Ryuichi Sakamoto, de Marc Ribot et des samples de John Lee Hooker : de quoi vous allécher!




samedi 7 avril 2018

Les Vaches Communicantes : Bill Robinson and the Quails (1963)

EB avenue Secretan 18 juin 2017
Une nouvelle danse! La plus dingo qui soit! La vache! Vous avez dansez le Twist, le Snake, puis le Monkey, oubilez tout ça : c'est le Cow qui fait sonner le plus fort les cloches célestes. Cette danse fera de vous une vraie bête à concours! Suivez-bien attentivement les indications de Bill Robinson et tout se passera comme sur roulettes! 



lundi 2 avril 2018

Pleurer sous la pluie : Ron Sexsmith (2013)


Difficile de trouver émotions plus sincères que celles que Ron Sexsmith fait circuler dans ses chansons. Alors restons simplement sous la pluie quelques instants avec "nulle part où aller".


mercredi 28 mars 2018

Le groove imparable des Animateurs (Haiti, 1978)



Le groove est imparable, le guitariste un champion extraordinaire. Faut-il vraiment ajouter quelque chose? Nous sommes à Haiti, en 1978, me dit Discogs, mais je serais d'ailleurs bien en peine de donner plus de précisions. Je ne connais à peu près rien sur ce morceau qui brille déjà parmi mes favoris : 





mardi 27 mars 2018

Transatlantique : la rumba des prénoms chéris (Haïti-Congo)

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Ce ne sera pas facile d'étonner les lecteurs de ce blog en claironnant que des liens étroits existent entre les musiques caribéennes et africaines, mais c'est un point très précis dont nous parlons aujourd'hui : l'exltation simultanée des prénoms féminins en Haïti comme au Congo, avec quelques chefs d'oeuvre absolus à la clé . Ecoutez donc d'abord Jean-Baptiste Nemours que l'on retrouve tressant les lauriers de Solange :


Puis voici Dr Nico avec l'African Fiesta "Dieu de la guitare" qui s'occupe du cas de Pauline en 1966. Y'en a qui sont gatées!


lundi 26 mars 2018

Meringue : Jean-Léon Destiné (1955)

Restons encore un peu à Haïti, voulez-vous... ou plutôt, non, accompagnons le célèbre danseur et chorégraphe, Jean-Léon Destiné, de l'autre côté du golfe du Mexique, où il mit sur pied des ballets caribéens très importants pour la révélation au reste du monde de la richesse musicale haïtienne. Un disque sorti en 1955 sur Elektra compte beaucoup dans ce mouvement : Festival à Haïti. Musons donc un peu sur cette galette avec d'abord un peu de flûte et le titre "Meringue", emblématique d'un genre qui a connu une vaste diffusion.
Continuons avec un titre aux rythmiques habitées qui nous rapproche du vodou :


Et concluons par une déclaration d'amour paysanne qui fait synthèse des deux facettes :




dimanche 25 mars 2018

Un peu de désordre musical avec les Pachas du Canapé Vert (70's haïtiennes)

Il faut bien l'avouer : c'est d'abord leur nom qui m'a attiré, parce que Les Pachas du Canapé Vert sont à coup sûr postulants au titre de meilleur nom de groupe du monde, dans la catégorie francophone tout du moins. Il se trouve que la pêche avait des chances d'être excellente dans le fertile marigot musical des seventies haïtiennes. La preuve d'abord avec l'envoûtant "Calypso Pachas" :


Puis avec un "Désordre Musical" plus résolument excité :


vendredi 23 mars 2018

Dansez carré : Jean-Baptiste Nemours (Haïti, 1959)

 Nemours Jean-Baptiste

Filons droit à Haïti aujourd'hui pour écoutez la grande star de l'île des années 1950 et 1960, Jean-Baptiste Nemours, saxophoniste extraordinaire qui réussirait à faire danser les morts (pour une discographie : voir ici). Nous sommes en 1959. Le style meringue de l'époque (dont le nom viendrait bien de la sucrerie) est en train d'évoluer vers le compa qui fera des ravages à partir des 70's. On l'appelle encore style "carré". Alors oui, dansons carré avec "Ti Yaya Toto". L'accordéon de Richard Duroseau ainsi que tout l'Ensemble aux calebasses est irrésistible. 

[Pas de panique : la musique commence avec trente secondes de retard sur la video de youtube].


mardi 20 mars 2018

Mambo en pantoufles : Jean Constantin

Aujourd'hui la Cellule vous présente un auteur-compositeur-interprête à moustaches. Nous sommes dans les 50's et le mambo s'insinue partout. A Paris, Jean Constantin, "l'empereur du cha-cha sexy", fait rimer les rythmes cubains avec l'esprit déluré des cabarets locaux. Il s'associe ainsi avec Claude Nougaro, qui lui compose les paroles des "Pantoufles à papa". Il y a la version soft avec la petite histoire fantaisiste :


Et la version hardcore, live avec un minimalisme du texte radicalisé :


Jean Constantin écrit par ailleurs des chansons pour Edith Piaf ou Yves Montand, ou compose la bande son des films de Truffaut. L'orientalisme ne lui fait peur non plus ni la puissance poétique du bégaiement.



mercredi 14 mars 2018

Les sources de Boby Lapointe (3) : Bourvil bien sûr

Bien sûr, ça ne va pas vous bouleverser si je vous raconte que Bourvil est une des sources de Boby Lapointe. Parce que c'est assez évident, bien sûr. Bien sûr, bien sûr... Mais est-ce que vous aviez déjà entendu La môme rustine, qui n'est pas forcément la chanson la plus connue d'André Robert Raimbourg ? L'art du jeu de mot est le même, presque exactement, mais avec une intensité portée au carré voire au cube chez Boby Lapointe, bien sûr. Et quant à l'air, c'est tout simplement tout à fait le même que celui de la célèbre Fleur bleu contondante, n'est-ce pas ? Je suis prêt à le montrer à qui veut.


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mardi 13 mars 2018

Visite brésilienne au Dahomey : Virginia Rodrigues (2000)

Les tentures provenant de l'ancien royaume du Dahomey sont absolument sublimes. Elles sont aussi d'une violence saisissante. Si cette monarchie fut puissante jusqu'au 19e siècle, sa politique de domination guerrière n'était certes pas angélique. A la fin du 20e siècle la grande chanteuse afro-brésilienne Virginia Rodrigues idéalise vigoureusement la geste du royaume qui donnera son premier nom au pays, rebaptisé ensuite Bénin après l'indépendance. la chanson est tout aussi sublime. Peu importe si la réalité historique était un peu moins édifiante que le propos de cette ode à la fierté africaine pourrait le laisser supposer. C'est magnifique et Caetano Veloso à la production n'y est sans doute pas pour rien.


vendredi 9 mars 2018

Les vaches communicantes : Marvin Pontiac (2017)

C'est à l'ami Guy G. que la Cellule emprunte la réclame de cette nouvelle série agreste dédiée à l'exaltation de plein de beaux bovidés. Et pour commencer connaissez-vous Marvin Pontiac ? Le personnage constitue une énigme bien peu gardée. Je n'évente rien : "Si John Lurie a bel et bien démystifié la chose en avouant dans un podcast pour Vice qu’il est Marvin Pontiac, Marvin Pontiac n’a jamais eu l’occasion de reconnaître publiquement qu’il est John Lurie. Mais les connivences entres leurs univers sont indéniables" (Jocelyn H.). S'il y a donc comme du plagiat par anticipation ici la réversibilité est en carton pate. Méfiez-vous pourtant : le morceau du bluesman hétéronyme a une nette tendance à s'incruster dans les méninges :



mardi 6 mars 2018

Plagiat par anticipation : Roger McGuinn / The Clash



Ce n'est sans doute pas pour rien que l'album se place sous le signe de Jolly Roger, mais c'est tout de même extraordinairement troublant. Vous me direz aussi que quelque chose était dans l'air et c'est indéniable puisque nous sommes en 1976, mais avouez quand même que c'est franchement improbable que le premier morceau des Clash soit sorti sur un album de Roger McGuinn. Comment les harmonies sophistiquées des Byrds ont-elles pu se transformer en brûlot pré-punk? Bon d'accord, Mick Ronson à la production a pu aider... Oui, mais comment McGuinn a-t-il pu savoir exactement comment Joe Strummer poserait ses intonations un an avant le premier disque des Clash et l'imiter ainsi à la perfection? Là, je vous attends, mes cocos... Le temps serait-il réversible? Je vous laisse conclure...


samedi 3 mars 2018

Les guitares hypnotiques du Centrafrique

La musqiue centrafricaine est carrément méconnue. A la Cellule nous n'avons repéré que ces Quatre Black Brothers qui enregistrent en 1978 et en France ce curieux album. La rythmique est franchement approximative mais les guitares sont assez envoutantes pour vous faire voyager pendant huit minutes de quasi apesanteur.



lundi 19 février 2018

Encore Habdel Halim Hafez (1969)

La Cellule vous propose de voyager ce matin avec une immense star de la chanson égyptienne. Faites-vous votre propre cinéma sur ce morceau riche en cordes (bien sûr) et qui se déploie dans  maintes directions pour vous raconter une histoire d'amour que les arabisants sont bien chanceux de pouvoir comprendre...



samedi 17 février 2018

Ma vie sans moi : Warda (1992)


Nous vous avions déjà présenté la grande Warda (ici) et nous y revenons avec un morceau un peu tardif (1992) où les claviers 90's se glissent en douce sous les nappes de violons intemporels sans saboter nullement la puissance des sentiments. L'amour, l'absence, la nostalgie, la présence aussi!



dimanche 11 février 2018

Vikings All Over The World : la Jamaïque en force

Après les Vikings de contrebande, voilà les vrais, les authentiques, les puissants Vikings de la Jamaïque. The Mighty Vikings a d'abord été un groupe de ska emballant, avant de se joindre à la vague rocksteady. Ils ont à l'occasion accompagné les Wailers et officiaient le plus souvent dans les hôtels de l'île, raison pour laquelle ils n'ont pas gravé énormément de disques. Une de leurs particularités est aussi d'avoir compris un nombre important de membres de la communauté sino-jamaïquaine (on vous signale cet excellent article si le sujet vous intéresse). Mais trève de mots, voici d'abord un peu de ska de 1964 (Mitzles's Ska) pour se mettre en jambes :
 
 
Et leur tube rocksteady (Love Me Forever, 1969) pour ne pas laisser retomber la pression : 




jeudi 8 février 2018

Vikings All Over The World : les Vikings fantômes du ska (1963)

Il semblerait que ce soit à une pure confusion opérée par le label Island, distribuant les disques tropicaux des West Indies sous les brouillards britanniques, que l'on doive l'enrôlement passager sous la bannière viking du trio magnifique des Maytals. Il n'empêche qu'Henry "Raleigh" Gordon Nathaniel "Jerry" Mathias et aussi le grand Toots Hibbert évidemment, se sont bien retrouvés sous cette banderolle de contrebande pour quelques 45T pas piqués des hannetons, ce qui nous donne une excellente occasion de se passer un petit classique de 1963, n'est-ce pas.


vendredi 2 février 2018

Cumbia à la guitare : Pedro Jairo Garcés y Su Guitarra



La cumbia bien sûr c'est d'abord un truc d'accordéoniste mais pas toujours. Pedro Jairo Garcés (qui a d'abord officié dans le groupe Los Golden Boys) a tenté lui de recaler tout ça à la guitare électrique. C'est tout aussi hypnotique (et c'est une suggestion du DJ Bonjour qui vous salue).



mercredi 31 janvier 2018

Vikings All Over The World : un peu de flute sud-africaine (1959)

 
Les Vikings c'est aussi un des premiers groupes de rock'n'roll sud-africain. Nous sommes en 1959 et le Club Pepsi de Johannesbourg enregistre leur disque live, pour se faire de la pub. Les spectateurs n'ont pas l'air très nombreux mais ils sont complètement givrés du groupe. A vrai dire, les Vikings hésitent un peu entre le jazz et le rock, mais ce qui est encore mieux c'est quand ils adoptent un air plus local et sorte la flûte avec Kwaai Kris Kwela.


Une des énigmes liées au groupe concerne la participation (ou non) de Manfred Lubowitz (alias Manfred Mann). Manfred est en effet censé avoir fait partie d'un groupe du nom de The Vikings en Afrique du Sud, avant de gagner l'Angleterre pour fuir l'air vicié de l'apartheid, et s'accrocher avec succès au train de la pop britannique partie à la conquête du monde. Ces Vikings-là sont censés avoir gravé deux disques assez durailles à trouver puisque je n'en ai repéré qu'un. Or justement les notes de pochette dudit disque donnent le nom des membres du groupe et pas de Manfred Lubowitz parmi eux. Alors, bien sûr, il pouvait avoir pris un pseudonyme - c'est assez courant - mais c'est aussi curieux que les discographies de Manfred Mann soient toutes lacunaires sur ce premier groupe sud-af. Il y a peut-être une indice cependant : Manfred Mann est un des rares groupes des sixties à sortir régulièrement, lui aussi, un petit flutiau pour égayer leurs disques. Par exemple sur leur version de Sweet Pea (1967) qui m'a toujours amusé.


En bonus un autre titre parmi mes favoris sans flûte mais plus excité : Hubble Bubble en 1964.


Si quelqu'un en sait plus sur la filiation scandinave de Manfred Mann, qu'il n'hésite pas à contacter nos services...

vendredi 26 janvier 2018

Vikings All Over The World : ambiance viking à la Guadeloupe



Aujourd'hui un groupe récemment remonté à la surface après une longue absence : les Vikings de la Guadeloupe. Bien avant d'être à l'origine de la bombe zouk, les musiciens des Vikings furent un des groupes emblématiques des Antilles à l'époque du tumbélé, ce chaudron magique où se mêlaient les influences afro-cubaines, le groove funk, la vigueur du kompa ou celle des musiques directement venues d'Afrique (rumba congolaise et autres). Le plus efficace dans le genre est peut-être ce titre hautement énergique "Ambiance Vikings" qu'on dit influencé d'un morceau antérieur de l'ivoirien Amédée Pierre (mais je n'ai pas su le trouver). Venez danser le tumbélé créole. Tout le groupe vous sera présenté et de curieuses cornes vous pousseront sur le casque! 




mardi 16 janvier 2018

Vikings All Around The World (8) : le tube des vikings du doo-wop

Les plus célèbres de tous les vikings de la pop music sont sans doute un groupe de doo-wop formés par des chanteurs noirs et blancs, sur une base de la Royal Air Force, près de Pittsburgh, en 1955. D'abord appelés les "4 Deuces", ils changent leur nom prenant la tonalité scandinave de rigueur quand un cinquième élément les rejoint en 1956. En octobre 1956, ils enregistrent leurs premières demos d'où la version initiale de leur grand tube :


Le temps de se faire envoyer paitre par une paire de labels bien installés, d'une audition aux sous-sols de la maison d'un producteur un peu plus aventureux, d'une nouvelle séance d'enregistrement en décembre, et en janvier 1957 le titre sort sur le label Dot et atteint rapidement les sommets des charts :


Dès 1957, suite à un accord tordu passé par un de leurs managers, il existent deux groupes avec le même nom, issus de la première mouture des Del-Vikings, sur deux labels concurrents bien sûr. Prolifèrent ensuite les métamorphoses déconcertantes pour les amateurs de discographies bien rangées. Si vous souhaitez un point très sérieux sur cette question décisive, vous pouvez aller voir ce qu'écrit un fan de la première heure Marv Goldberg qui commence ainsi son papier, sans vous tromper sur la marchandise : "sous quelque nom que vous les preniez : Del Vikings, Dell Vikings, Del-Vikings, ou Dell-Vikings, tout ce que vous avez à trouver c'est de l'excellent rock'n'roll et l'histoire la plus confuse possible".

samedi 13 janvier 2018

Le martinet de la vérité : de Jean-Léon Gérôme à The Undisputed Truth

Le dernier texte de Frédéric Lordon est intéressant à de nombreux titres, comme bien souvent. Mais, moi, ce qui m'a marqué, au-delà de la pertinence du propos, c'est l'illustration qui a été associée à l'article. Il s'agit d'un tableau du grand pompier en chef, Jean-Léon Gérôme, qui s'intitule : La Vérité sortant du puits armée de son martinet pour châtier l’humanité. Il date de 1896 et est conservé au Musée Anne-de-Beaujeu à Moulins. En Auvergne. Le choix est absolument excellent et, comme en outre, dans ma grande inculture, je ne le connaissais pas, j'ai été ravi de cette découverte. Par ailleurs il colle parfaitement à la situation politique actuelle où les dogmatiques de l'économicisme n'ont de cesse de nous fustiger avec leur idée indiscutable de la vérité.

Le pompier en chef est ici, bien sûr, notre nigaud de président, le fayot des fayots de l'ordo-libéralisme, dont je vous extrais une citation qui n'a pas été assez commentée à mon sens :

"Notre premier devoir est tout à la fois de retrouver le sens et la force d'’un projet ambitieux de transformation de notre pays et de rester arrimés au réel. De ne rien céder au principe de plaisir, aux mots faciles, aux illusions pour regarder en face la réalité de notre pays sous toutes ses formes" (déclaration du 3 juillet 2017, à Versailles).

Or il est bien certain qu'à travers la référence à Freud et au principe de plaisir c'est tout un inconscient politique qui se révèle sous couvert de lucidité. Il y a en effet toute une pédagogie noire, une pédagogie de la douleur, qui est annoncée ici comme un programme. On le sait : l'exaltation para-religieuse d'une monnaie dysfonctionnelle, le renforcement des inégalités comme principe de dynamisme ou le libre-échange comme horizon indépassable de la coopération entre les peuples sont les pierres angulaires de l'orthodoxie du moment. Personne n'a jamais pu montrer qu'il y avait un quelconque aspect pragmatique à ces choix - et  l'expérience milite contre eux avec une évidence cruelle - mais peu importe, ce sont les canons d'une morale obligatoire. Le réel est là! Et accepter ce réel c'est aussi "ne rien céder au principe de plaisir", ce qui peut encore se traduire par : "appliquer avec résolution un principe de sadisme nécessaire". Vous voilà prévenus (si celà vous avez échappé).


Mais venons-en à la partie musicale de ce post qui concerne un groupe soul américain, lui aussi extraordinaire, The Undisputed Truth (sans doute le plus baroque des groupes du label Motown), qui nous rappelle que derrière les visages souriants peuvent se cacher les pensées les plus perverses.

Attention toutefois de ne pas sombrer dans la paranoïa : c'est l'autre lecture possible de cette chanson entêtante. Et nous en avons les preuves...

PS (après l'émission de France Culture du 19 janvier 2018): Selon Frédéric Lordon c'est à Guillaume Barou du Monde diplomatique que l'on doit le choix du tableau de Gérôme.

mercredi 10 janvier 2018

Expérience rayée : William Blake et Fleet Foxes






La Cellule continue de rêver en suivant de dangereuses rayures. C'est William Blake qui prend la parole cette fois-ci :

Tigre, tigre, à l’ardent éclat
au sein des forêts de la nuit,
quel bras, ou quel œil immortel
a pu former ta symétrie ?

Dans quel abîme, ou dans quel ciel,
brûlait la flamme de tes yeux ?
Sur quelles ailes vola-t-il ?
Quelle main prit-elle le feu ?

Quelle épaule, quel art ont pu
tordre les muscles de ton cœur ?
Et quand ton cœur se mit à battre,
quelle main farouche, quel pied ?

Quel fut le marteau ? Quelle chaîne ?
En quel four était ton cerveau ?
Sur quelle enclume ? Et quelle étreinte
en put saisir l’effroi mortel ?

Quand l’étoile jeta sa lance,
et mouilla le ciel de ses pleurs,
devant son œuvre a-t-il souri ?
Le même créa-t-il l’agneau ?

Tigre, tigre, à l’ardent éclat
au sein des forêts de la nuit,
quel bras, ou quel œil immortel
osa former ta symétrie ?


Et le groupe Fleet Foxes qui donne un écho musical avec leur "Tiger Mountain Peasant Song" :


lundi 8 janvier 2018

Fétiche : le Budos Band


 

Excursion fétichiste sur les pentes d'un emblème personnel, la Cellule vous convie aujourd'hui à suivre les pas de Mme de Staël (ou plutôt de Corinne, son héroïne) au bord du Vesuve.


« Le feu du torrent est d'une couleur funèbre ; néanmoins, quand il brûle les vignes ou les arbres, on en voit sortir une flamme claire et brillante ; mais la lave même est sombre, tel qu’on se représente un fleuve d’enfer ; elle roule lentement comme un sable noir de jour, et rouge la nuit. On entend, quand elle approche, un bruit d'étincelles qui fait d'autant plus de peur qu'il est léger, et que la ruse semble se joindre à la force : le tigre royal arrive ainsi secrètement, à pas comptés. »

Et pour vous donner du courage dans cette jungle minérale et incandescente, voici le groove solide entre tous du groupe maison du label Daptone, le Budos Band :